Artiste graveure, dessinatrice et enseignante, Carmen Coulombe a consacré plus de trois décennies à l'art de l'estampe et à la formation de nouvelles générations d'artistes au Québec.
Carmen Coulombe naît en 1946 à Courcelles, un petit village au cœur de la Beauce québécoise. Dès son jeune âge, elle manifeste un intérêt marqué pour les arts visuels, ce qui la conduit à entreprendre des études à l'École des Beaux-Arts de Québec en 1965. Au cours de ses six années de formation (1965–1971), elle s'initie à la gravure, au dessin et aux arts visuels, développant une sensibilité artistique qui deviendra la signature de son œuvre.
Après l'obtention de son diplôme en 1971, Carmen poursuit sa formation à l'Université Laval, où elle obtient un brevet d'enseignement en 1972. Cette même année marque un tournant majeur dans sa carrière : elle cofonde l'Atelier de réalisation graphique (ARG), qui deviendra Engramme, l'un des plus importants centres d'estampe au Canada. Elle est la première artiste à y tenir une exposition solo, posant ainsi les bases d'une institution qui contribuera de manière décisive au rayonnement de l'art imprimé au Québec.
Parallèlement à sa pratique artistique, Carmen enseigne le dessin et le croquis en scénographie au Conservatoire d'art dramatique de Québec pendant près de 30 ans, formant des générations d'artistes de la scène. Elle obtient également une maîtrise en beaux-arts de l'UQAM, couronnée par l'exposition solo « Le souffle : je m'évapore et je deviens pierre » à la Galerie de l'UQAM en 1990.
Ses œuvres ont été exposées au Canada, en Europe et aux États-Unis, et font partie de collections prestigieuses, notamment celle du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ). Carmen Coulombe s'éteint le 24 janvier 2008 à l'hôpital Saint-Luc de Montréal, laissant un héritage artistique d'une grande richesse qui continue d'inspirer et de résonner dans le paysage culturel québécois.
L'œuvre de Carmen Coulombe se distingue par une exploration constante des matériaux et des techniques. Formée d'abord à la gravure en creux et au dessin, elle s'approprie progressivement la lithographie, la sérigraphie, le pastel, puis l'acrylique sur toile et les assemblages tridimensionnels. Cette évolution témoigne d'une artiste en perpétuel mouvement, refusant de se confiner à un seul médium, cherchant toujours de nouvelles voies pour donner forme à sa vision intérieure.
Les thèmes du souffle, de l'évaporation et de la pierre traversent son œuvre comme un fil conducteur. Le titre de son exposition phare — « Le souffle : je m'évapore et je deviens pierre » — résume la tension fondamentale de sa démarche : entre la légèreté du geste et la permanence de la matière, entre la fragilité du vivant et la solidité de l'empreinte laissée. Ses estampes de petit format possèdent une intimité remarquable, invitant le regard à s'approcher pour découvrir la finesse du trait et la profondeur de la composition.
Dans ses dernières décennies de création, Carmen se tourne vers des séries thématiques — les tarots, les natures mortes, les poupées articulées, les pendules — où l'humour, la sensualité et la poésie cohabitent librement. Ces œuvres tardives révèlent une artiste qui n'a jamais cessé de se réinventer, passant du commentaire social incisif de ses premières estampes à une expression plus personnelle et contemplative, sans jamais perdre la rigueur et la sensibilité qui ont toujours caractérisé son travail.
Carmen Coulombe naît à Courcelles, en Beauce, Québec.
Début des études à l'École des Beaux-Arts de Québec. Formation en gravure, dessin et arts visuels.
Obtention du diplôme de l'École des Beaux-Arts de Québec. Début de la formation en enseignement à l'Université Laval.
Cofondation de l'Atelier de réalisation graphique (ARG), qui deviendra Engramme. Obtention du brevet d'enseignement de l'Université Laval. Première exposition solo à Engramme. Début de l'enseignement au Conservatoire d'art dramatique de Québec.
Première grande série d'estampes — un commentaire social incisif sur la religion et la société de consommation.
Série d'estampes d'inspiration pop art explorant la consommation de masse et l'imagerie populaire.
Création du livre d'artiste SOS et premières œuvres lithographiques. Exploration de nouveaux formats narratifs et de la pierre comme support d'expression.
Création de la série « Femmes ficelées », œuvre engagée sur la condition féminine. Participation à l'exposition « L'estampe au Québec 1970-80 » au Musée d'art contemporain de Montréal.
Participation à l'exposition historique « Art et féminisme » au Musée d'art contemporain de Montréal, aux côtés de The Dinner Party de Judy Chicago. Un moment charnière de l'art féministe au Québec.
Exploration du pastel avec des portraits expressifs qui témoignent d'une grande intensité émotionnelle et d'une maîtrise de la couleur.
Série de dessins d'animaux imaginaires où l'humour et la sensibilité se conjuguent dans un univers fantaisiste et personnel.
Exposition solo « Le souffle : je m'évapore et je deviens pierre » à la Galerie de l'UQAM (31 août – 23 septembre). Obtention de la maîtrise en beaux-arts. Début de la peinture acrylique sur toile.
Exploration de la troisième dimension avec des boîtes-objets, des sculptures en forme de maisons et de camions. Une nouvelle voie d'expression qui conjugue assemblage, peinture et narration.
Création prolifique de séries thématiques : tarots érotiques, tarots rayés, tarots carrés, natures mortes de fruits et légumes, poupées articulées, série « Les âmes », pendules, et collaboration avec le poète Marc Doré pour un livre d'artiste.
Carmen Coulombe s'éteint le 24 janvier 2008 à l'hôpital Saint-Luc de Montréal. Son héritage perdure dans les collections nationales, dans l'institution qu'elle a cofondée, et dans la mémoire de toutes celles et ceux qu'elle a formés et inspirés.